AU-DELA DE L'IMAGE

"Chiens rouges hurlant aux portes d'un enfer vide... "

 Tel avait été le cri du cœur lancé par Claude LIBERT (critique d'art au Figaro) déroutée et troublée par cette œuvre, «  les chiens rouges »
"... le bestiaire fantastique de MONIC, oscille entre le rêve, le cauchemar et la réalité, nous trouble et nous attire...
Une fois encore, le mariage de la perfection technique et de la puissance onirique atteint son but...    l'imagination s'emballe... "

Une œuvre pourtant sans titre et sur laquelle  je n’avais  n'avait fourni aucune indication, tenu aucun discours, soucieux de laisser au visiteur de mon ailleurs, le choix de son itinéraire. Et pourtant, le drame qu'elle contient était intuitivement ressenti par tous ceux qui se plaçaient devant cette œuvre, dont  je laissais, volontairement, toute liberté d'interprétation. Mais la liberté est souvent illusoire... L'évolution nous ayant façonnés tels que nous sommes : Chargés de nos acquis, de nos cultures, de nos archétypes, de nos patrimoines psychiques, nous agissons, réagissons, pensons, raisonnons sous leur pression. Et, c'est donc aussi sous cette pression que nous appréhendons une telle œuvre, d'autant plus, je le reconnais que je joue volontiers et avec plaisir sur le clavier de ce patrimoine,  pour ébranler l’inconscient du visiteur pour l’émouvoir, pour le faire vibrer, résonner... raisonner!
... car le pouvoir de suggestion des couleurs est étonnant, aussi étonnant que notre conditionnement à leur interprétation. En fait y a-t-il seulement pouvoir de leur part ou seulement habitude de la nôtre ? Un extraordinaire mélange des deux c'est sûr... Beaucoup de civilisations associent au rouge l'idée de sang, de violence et au noir celle de mort, de deuil. C'est l'utilisation de cette association d'idées qui donne sa force à ce tableau... et la violence latente de cette oeuvre est en fait extérieure à l'espace pictural.

         Ces chiens dans l'antichambre de la mort vont être "piqués". Ils pressentent le danger, d'où leur attitude agressive qui déroute l'interprétation du visiteur (que je place alors dans la position du bourreau - celui qui tient la seringue-). Ceci augmente le potentiel émotionnel de l’œuvre... Sang, mort, violence, portés par les couleurs ne sont pas apportés par l'agressivité des sujets du tableau. L'Ambiguïté, génératrice d’émotion, est là!

            Et si rien n'explique la mise en scène, quelque chose malgré tout donne conscience de la situation au visiteur. Mais quoi ? Pour moi le mystère de l’œuvre est dans cette interrogation! Claude Libert du Figaro (sans avoir eu le moindre échange avec moi) parle d'entrée de

"chiens rouges hurlant aux portes d'un enfer vide... "

 

Dualité symbolique

"Mais le pouvoir de suggestion des couleurs, n'explique pas tout : La symbolique du chien reste pour l'essentiel dans la réaction du public vis à vis de cette oeuvre...
Une symbolique qui a voyagé à travers le temps, à travers les légendes, les mythes, les folklores, les traditions et les livres sacrés jusqu'à nous aujourd'hui...
Dualité symbolique du chien à la fois bénéfique et maléfique et qui n'est que le reflet de la dualité même de l'Homme.
Le grec Cerbère, gardien des enfers; L’égyptien Anubis, gardien des lieux sacrés et des voies éternelles; T'ien K'uan, le chien céleste chinois, rouge feu, adversaire du démon et annonciateur de la guerre; le chien tatar, don de Dieu aux Hommes; Chien de l'Asie Centrale, corrompu par le diable et bouc émissaire des hommes, Garm le scandinave, chien ensanglanté (Tiens? ! Rouge encore!), gardien des morts naturels...

Dualité symbolique donc, remontant sans doute à la nuit des temps préhistoriques où la nuit effectivement apportait son lot de crainte, de peur, d'incertitude, de danger mortel... A la tombée du jour, le chien, allié précieux, devenait un peu plus pour l'homme d'alors un avantage de survie.

Peut-être faut-il voir ici, le lien concret de la dualité du symbole du chien au rapport lumière - ténèbres et donc plus concrètement encore au rapport Jour-Nuit...  Lien que l'on retrouve (par exemple) à travers ANUBIS dont la mission était d'emprisonner ou de détruire les ennemis de la lumière, ou à travers XOLOTH (Dieu-Chien aztèque) qui faisait tomber "le rideau de la nuit" après-avoir accompagné le soleil durant son séjour sur la Terre... ou encore, à travers le chien, signe zodiacal chinois, symbole d'amitié et de loyauté :

                        - mois du chien ? Le dernier mois de l'automne (N.B. quand arrive l'hiver, c'est à dire la "Nuit" de la nature).
                        - l'heure du chien ? 19 à 21h... étrange non, c'est justement la tombé de la nuit.

En ces temps préhistoriques complètement assujettis au rythme du jour et de la nuit, le chien a apporté un avantage de survie. Avantage de survie décuplé par le contrôle du feu par les hommes. Protecteur à l'instar du chien, le feu a diminué le danger et la durée de la nuit. Et cette "alliance" ou ce rapport du chien au feu (et le rouge est aussi la couleur du feu), la conjugaison des deux symboles se retrouve sur plusieurs continents :

- Les Chillouks du Haut Nil ou peuplades d'Afrique, Cameroun, Biafra (chien dérobant le feu à l'Arc-en-ciel).
- En Amérique du Sud où Canis Vétulus est le propriétaire du feu.
- En Amérique du Nord et Papouasie, Nouvelle Guinée, le chien donne le feu aux femmes.

On dit du chien qu'il est un symbole psychopompe (c'est-à-dire conducteur, accompagnateur des âmes des morts). Ainsi donc, ce fidèle compagnon dans notre réalité quotidienne, l'est aussi dans notre psyché et après notre mort...

" Le Chien symbole chtonien, nous "ouvre"  l'enfer, les couleurs noir et rouge nous suggèrent la mort, le sang et la violence; L’apparence ambiguë au 1er plan du sujet de l'œuvre (chien ou loup ?) augmente le malaise, par la mise en filigrane de la symbolique du loup... 

L'ambivalence du symbole et l'ambiguïté, se mettent en résonance, décuplant la force suggestive de l’œuvre !