CYBERPITHEQUE:
Évolution,
libération ou aliénation ?
"Cyberpitèque" fut primé au concours Cyberculture
et Innovation
organisé par Cyber 21
Apparition de la vie,
différenciation, organisation et dialogue cellulaires... préfigurent peut-être
par analogie, au sein de l'individu, les structures sociales de l'espèce, mais,
faire naître de ce déterminisme génétique le concept de Liberté est pour moi
élusif. Le déterminisme génétique seul, n'est pas libératoire, pas vraiment.
L'évolution morphologique est contrôlée par les gènes architectes que Chaline
appelle les horloges internes du vivant. Ces horloges, déréglées par les
mutations, provoquent l'apparition d'espèces nouvelles (comme l'homme). Hors,
ces mutations sont accidentelles et banales dans la nature...
Il n'y aurait donc pas libération (action de rendre libre, et libre voulant
dire qui a le pouvoir de se déterminer à sa guise) mais ALIÉNATION (philo :
état d'asservissement, devenir autre chose, étranger à soi-même, changer... )
Aliénation donc imposée par le hasard, ou, si vous préférer
l'imprévisibilité, liée à la notion d'accident (événement qui modifie ou
interrompt fortuitement le cours de quelque chose). Biologiquement,
morphologiquement, il n'y a donc pas libération d'Australopithèque en Homo
sapiens, mais ALIÉNATION.
Ce serait plutôt alors la résistance à ce système (d'évolution) qui induirait,
paradoxalement, LA LIBERTÉ :
De l'homéostasie (tendance des organismes vivants à maintenir constant
leurs paramètres biologiques face aux modifications du milieu extérieur) à
l'instinct de conservation de l'existence primitive : (terme employé par Cobb,
zone où se réalise l'hominisation, le passage de l'animalité à l'humanité),
règne le même principe de RÉSISTANCE.
Cet instinct de conservation,
l'hominisation ne l'a pas supprimé. Et tout en commandant des comportements
automatiques de survie, cet instinct induit (comme son complément l'indique),
non seulement une opposition inconsciente au processus d'évolution, mais aussi
une peur dite instinctive, inconsciente devant tout changement évolutif. Cette
peur étant sans doute la seule expression possible de cette opposition. Effet ou
relation de cause à effet, de cette dimension animale résiduelle qui est en
nous, de cette part héréditaire et innée des tendances comportementales de
l'Homme et des Animaux, de cette impulsion irraisonnée qu'est l'INSTINCT.
Le développement de la conscience
(=perception de l'existence du monde et de soi) nous permet peu à peu de dominer
cette peur archétypale (psychan.) en la remontant au niveau conscient. Cette
remontée étant, sans doute, la seule façon possible de l'annihiler, par une
stratégie de banalisation, dédramatisation la rendant "ineffective" et nous fait
nous projeter au-delà. C'est donc la Conscience
qui nous LIBÈRE. Née, la conscience
échappe au déterminisme génétique, puisqu'elle (va) nous permet(tre) de le
dépasser.
Considérant l'intuition comme instinct conscient ou si vous préférer
l'association de l'instinct et de la conscience (ou plutôt de la conscience
évoluée : l'instinct à sapiens, l'intuition à sapiens-sapiens), cette perception
immédiate de la vérité sans l'aide du raisonnement est donc liberté...
la liberté.
Toute autre voie d'accès à la
vérité sera soumission. N'y voyez pas là un jugement de valeur entre intuition
et raison, car deux voies d'accès à la vérité s'offrent à nous :
Celle du raisonnement, chère aux hommes de science et la perception intuitive,
seconde nature de l'Artiste et chère aux Philosophes, mais comprenez... que
parfois l'intuition nous donne ce que nous cherchons à conquérir.
L'intuition est une dimension de la conscience
La LIBERTÉ, réponse de la
CONSCIENCE à l'antagonisme génétique
Evolution-homéostasie, changement-résistance au changement ?
D'où viendrait cette résistance ?
Peut-être de la VIE elle-même s'opposant à sa complexité
croissante qui a engendré la MORT,
la mort programmée.
Il est évident que l'on pourra
toujours accorder à la liberté un fondement biologique et donc génétique,
puisqu'elle est l'expression de la conscience et que la conscience est issue de
la VIE et que tout ce qui nous concerne est à l'extrême "rattachable" à la 1ère
cellule... SOIT, si le désir vous anime encore, au point de vouloir rattacher
absolument la liberté à une réalité concrète ! Mais, le mystère, que vous le
vouliez ou non, reste entier car cette réalité concret nous reste encore et
toujours inconnue, puisque plus profondément encore, nous ne connaissons pas la
nature ultime de la matière qui compose cette cellule.
Ce qui me semble
le plus important est que la conscience et sa principale conséquence
fonctionnelle, la liberté, a changé et accéléré d'une façon prodigieuse le cours
de l'évolution. La conscience a généré la CULTURE, la culture modifie la
direction de l'évolution génétique et la coévolution des gènes et de la culture,
fut et est toujours et plus que jamais, un processus autopropulseur...
LA CONSCIENCE A LIBÈRE L'ÉVOLUTION.
L’homme acquière aujourd’hui le
pouvoir du contrôle de l’évolution, non seulement de la sienne, mais de tout le
vivant. L’évolution échappera bientôt au hasard, à l’imprévisibilité ou à la
providence… Il appartiendra alors à l’homme de choisir au présent entre son
passé et son avenir !
Le 21è siècle sera celui des défis
!
Défis que notre sagesse devra relever face à notre force... Pour que l'homme
reste la raison du progrès.
Là sera la beauté de notre intelligence, de notre conscience, de notre liberté,
Là sera, là est déjà, le devoir de cette liberté, car il n'y a pas de liberté
sans devoir !
Il faut interroger notre conscience pour, c'est vital, orienter notre démarche.
Nous avons la clef de notre avenir et de notre devenir, c'est la clef de la
liberté...
Nous allons faire un pas de plus par force, souhaitons et faisons tout, par
sagesse, pour que ce soit le bon, même si c'est le dernier, celui qui peut nous
faire passer de l'homme à l'HUMAIN !
« Échelle, pyramide de
l’Évolution !? Termes révélateurs de cette propension que nous avons à
hiérarchiser le vivant et bien sûr à déclarer la prééminence de l’homme !
Prééminence que n’accordent pas les hindouistes, les Bushmen africains ou
d'autres ethnies encore...
Entre la réincarnation hindouiste et la "bush soul" (âme de la brousse) que
possèdent des peuples primitifs et qui s'incarne dans un animal pour une
sorte d'identité psychique, il y a là un lien mystérieux homme-animal dont
nous ressentons à la fois, paradoxalement, la nécessité vitale de le
préserver, et le besoin de l’annihiler…
L'unité de la conscience reste précaire, peut-être l'homme deviendra-t-il
Humain quand il atteindra cette unité.
Ce rapport à l'animal, on le retrouve partout et depuis toujours, des
fresques de Lascaux, à l'Art soumis de l'ancienne Égypte, de la mythologie
grecque jusqu'aux évangiles (lion de St-Marc, Aigle de St Jean, Taureau de
St Luc…) ou à la mythologie germanique…
Pour une raison mystérieuse, l'animal
semble donc inséparable de l'homme, et les animaux associés au Christ, à
Bouddha, à Mahomet... montrent que nature animale et nature spirituelle
(vers laquelle nous tendons) sont en fait indissociables en l'homme.
L’omniprésence de cette
symbolique animale dans les religions et dans les arts de toutes les
civilisations, est la preuve que l'homme, depuis la nuit des temps, a
toujours cherché à intégrer inéluctablement le contenu psychique de cette
symbolique ( l’instinct ?), pour s'accomplir dans sa dimension humaine et
spirituelle.
Une symbolique qui a voyagé à travers le temps, à travers les légendes, les
mythes, les folklores, les traditions et les livres sacrés jusqu'à nous
aujourd'hui, comme la persistance, la rémanence d’un lien mystérieux
rompu…
Le
lien rompu... Sur le chemin de
l’Humanité, le pré-homme déjà conscient, a acquis la bipédie libérant ainsi
sa main, cette main qui est l'expression de la pensée, cette pensée qui lui
donne accès à l'état d'éveil, cet état d'éveil qui le libère de son état
terrien et lui donne alors l'ouverture au cosmique...
Si cette bipédie donc est un paramètre principal de l'hominisation,
l'hominisation, elle, va d'abord couper l'homme de la voie de l'animalité!
Coupure, rupture que l'homme va ensuite chercher, et continue toujours à
chercher d'ailleurs, à compenser, au fil de son évolution, de différentes
manières: symbolique, magique, chamanique, mythologie, religieuse,
qui expliquent cette omniprésence de la symbolique animale, jusqu'à
aujourd'hui.
Car l'homme n'en a pas fini avec ce lien rompu.
Quand il aura "digéré" psychiquement cette rupture, alors il frôlera
peut-être sa dimension humaine. Alors peut-être seulement et enfin,
assumera-t-il sa responsabilité et changera-t-il son rapport à l’animal…
La
Vie en conclusion Si le symbole
est un élément important dans mon œuvre et en particulier, le symbole
animal, toutes mes œuvres ne sont pas pour autant porteuses d'un drame (voir
l’analyse de l’œuvre ‘’les chiens
rouges) mais toutes sont à la fois
le reflet et le miroir de notre âme, c'est à dire, de nous même. Toutes sont
un appel à la réflexion, toutes tentent d’émouvoir.
Et, s'il était nécessaire de trouver une médiation entre mon œuvre (espace
sémantique et stratégie formelle) et la réalité de notre monde, je
répondrais : LA VIE... telle qu'elle, dans son MYSTÈRE, son ÉVOLUTION, son
ABOUTISSEMENT...
Dès
mes premières œuvres, l’animal a laissé la trace de son passage dans mon
imaginaire… Une trace en fait de ce qu’il représente en nous, d'étrange,
d'inquiétant ou d'attirant... Un animal qui est entré dans mon œuvre par son
pouvoir de suggestion, par la force de son symbolisme et par ce lien
mystérieux qui nous unit à lui, à travers nos cultures, nos croyances, nos
superstitions…
Autrement dit : je suis plus préoccupé du rapport
Animalité /Humanité que par la représentation de l’animal ! Les différences que
nous constatons naturellement entre l’homme et l’animal me semblent malgré
tout insuffisantes à l’établissement d’une véritable frontière entre
Animalité et Humanité, ou du moins ce que
l’on nomme ainsi car l’Humanité reste pour moi un « projet d’avenir », et je
ne peux m’empêcher de faire un distinguo entre Homme et Humain : Entre eux,
une distance similaire à celle qui sépare l’animal de l’homme. Pour
l’instant, entre Animalité et « Homoïté », tout au plus une zone en dégradé,
où, de la conscience primitive émerge la conscience évoluée : une zone de
saut plus quantitatif que qualitatif. Le débat entre dualistes et
continuistes a-t-il lieu d’être, à partir du moment où leurs préoccupations
sont dans des sphères de validité différentes ? : Les dualistes pensent (ou
espère) un fondement, directement ou implicitement métaphysique, à cette
Humanité (qui pour moi n’est encore qu’embryonnaire et non née, donc
possible, seulement possible), un fondement pour cette différence affirmée
avec trop d’arrogance entre l’animal et l’homme, et que n’explique pas
définitivement, absolument, la distance génétique, ce 1% d’écart, par
exemple, entre les patrimoines génétiques de l’homme et du bonobo…
La plupart des continuistes, plus axés sur l’évolution et sa mécanique
constatent simplement l’écart Homme/Animal, sans lui attribuer de fondement
métaphysique…
En résumé, la question reste posée : y-a-t-il un « propre de l’homme » et
par quoi (ou par qui) est-il fondé, s’il devait absolument l’être?
Après les
coups de boutoir donnés au créationnisme par l’alliance de la génétique à la
paléontologie, à l’anthropologie, à l’éthologie, la primatologie etc. et
après la ruine, démontrée par cette alliance, du concept de l’unicité et de
la prééminence de l’homme, la seule dérogation de l’homme à ce concept,
permise par la théorie synthétique, outre la prééminence de sa
responsabilité, pourrait-être l’Art : l’Art, le propre de l’homme ?
La
conscience nous a ouvert les portes de l’intelligence…et l’intelligence nous
donne le pouvoir, celui d’accéder aux principes de l’évolution, à ses
mécanismes…le pouvoir du contrôle et de l’ingérence de ces mécanismes …
Aujourd’hui, nous
avons cette force !
Nous voilà aux
portes du 3 è millénaire, forts de nos technologies, porteuses d’espoirs
mais aussi de craintes, car les bouleversements qu’elles rendent aujourd’hui
possibles, seront demain bénéfiques ou redoutables…et si nous nous devons
d’être vigilants, nous ne devrions pas pour autant être surpris, car nous
avons en nous la connaissance intuitive de notre avenir et de notre devenir…
Le cinéma
fantastique, plus que toute autre expression culturelle, a exprimé cette
connaissance en matérialisant le contenu de notre inconscient collectif.
Tout ce que nous
avions intuitivement pressenti est là…
Preuve que l’imaginaire peut être aussi effectif que le réel ! »
Daniel Monic
Préface pour
l’édition de la médiathèque de la communauté française de Belgique
« 22 v’la le fantastique ! »
Mémoires de
Platine
J'étais en train
de faire ma valise... Ce n'est pas que je croie à l'apocalypse annoncée par
les Paco ou autres mystico-barjos, mais j'avais reçu une lettre parfaitement
timbrée de Jésus (pas le Nazaréen, l’autre, le Bozzo), m’annonçant le dix
huitième BIFFF. Il m'invitait à traverser l'Océan du Millenium pour un
sabbat sur la nouvelle île du docteur Moreau, me recommandant d'emporter le
strict nécessaire : ma collection fantastique. Bref, juste de quoi
réordonner mes neurones cinéphiliques que la création de
Cyberpithèque, ma
prophétie multimédia ("les forces du troisième millénaire ont déjà
initialisé l'aliénation de l'Humanité"), avait entraîné dans un état
chaotique.
Ainsi donc,
j'avais commencé à entasser dans ma valise tout ce que l'inconscient
collectif avait rassemblé dans l'expression cinématographique depuis les
frères Lumières, les archétypes annonciateurs des bouleversements possibles
en cette aube du troisième millénaire, qui confirment la prophétie de Cyberpithèque :
-Le Golem et le
Frankenstein qui, dans leur révolte contre leur créateur, relèvent d'une
approche simpliste de l'archétype. Comme si toute création générait la
révolte, de la même façon que la complexité de la vie génère la mort.
-Le flingueur de Mondwest,
machine programmée pour le plaisir de l'Homme (plaisir de tuer en fait); il
se "rebelle" lui aussi, mais, sans doute, sans en avoir conscience ; son
« flingage » accompli, il a bien ce petit sourire figé, insuffisant
cependant pour me convaincre : il reste une machine ! Comme si la dimension
biologique était indispensable à la conscience, thème que l'on retrouvera
dans De Lift...
- Al 9000, une
hyper-performance qui fait place à l'existence possible d'une conscience au
silicium. La sienne ne semble pas démunie de toute pulsion vitale: « j’ai
peur » dit-il, à l’ultime instant d’être débranché … comme si cette pulsion
vitale n’était pas indissociable de la dimension biologique, une dimension
que veut pourtant atteindre une autre IA : Protheus.
- Le Nexus 6, surprenant
et émouvant de poésie : "j'ai vu des rayons fabuleux briller dans l'ombre de
la porte de Tanhauser, j'ai vu des vaisseaux en feu sur l'épaule
d'Orion...". Comme si la vie nous avertissait qu'elle ne pouvait se passer
de poésie, d'Art... Plus humain que l'humain annonçait la devise de la
Tyrell Corporation…
- Le Bisshop d'Alien,
entièrement dévoué à l'Homme, et pleinement conscient de sa
différence. Il ira jusqu'à son sacrifice pour l'autre (l'humain)... Comme si
la véritable dimension de l'expression biologique de la vie était l'amour...
En fait, me
disais-je, en bouclant ma valise, le thème, relatif à la cybernétique dans sa double définition (processus de commande et communication dans les
machines et les êtres vivants) contient en lui toute la construction de la
nature humaine et son évolution de l'animalité à l'humanité : il en est bien
l'archétype fondamental... La cybernétique du vivant, que l'on nomme aussi
génétique, contient non seulement le devenir de l'homme, mais aussi son
avenir... immédiat, très immédiat, car en fait, le sabbat annoncé n'est plus
une surprise : les sorciers de la génétique, derrière les portes blindées de
leur laboratoire, ont déjà commencé les festivités... Et ça, ce n'est plus
du cinéma !
Voilà, cher
Freddy, en réponse à ta lettre, en espérant que la présente te parviendra
avant l'accomplissement de la prophétie...
La veille du départ,
autour d'un verre, avec Jean-Dominique Quinet et Frank Bechemilh. Haut de page
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AU-DELA DE L'IMAGE
"Chiens rouges hurlant aux
portes d'un enfer vide... "
Tel
avait été le cri du cœur lancé par Claude LIBERT (critique d'art au Figaro)
déroutée et troublée par cette œuvre, « les chiens rouges »
"... le bestiaire fantastique de MONIC, oscille entre le rêve, le cauchemar et
la réalité, nous trouble et nous attire...
Une fois encore, le mariage de la perfection technique et de la puissance
onirique atteint son but... l'imagination s'emballe... "
Une œuvre pourtant sans titre et sur laquelle je n’avais n'avait fourni aucune
indication, tenu aucun discours, soucieux de laisser au visiteur de mon
ailleurs, le choix de son itinéraire. Et pourtant, le drame qu'elle
contient était intuitivement ressenti par tous ceux qui se plaçaient devant
cette œuvre, dont jelaissais, volontairement,
toute liberté d'interprétation. Mais la liberté est souvent illusoire...
L'évolution nous ayant façonnés tels que nous sommes : Chargés de nos acquis, de
nos cultures, de nos archétypes, de nos patrimoines psychiques, nous agissons,
réagissons, pensons, raisonnons sous leur pression. Et, c'est donc aussi sous
cette pression que nous appréhendons une telle œuvre, d'autant plus, je le
reconnais que je joue volontiers et avec plaisir sur le clavier de ce
patrimoine, pour ébranler l’inconscient du visiteur pour l’émouvoir, pour le
faire vibrer, résonner... raisonner! ...
car le pouvoir de suggestion des couleurs est étonnant, aussi étonnant que notre
conditionnement à leur interprétation. En fait y a-t-il seulement pouvoir de
leur part ou seulement habitude de la nôtre ? Un extraordinaire mélange des deux
c'est sûr... Beaucoup de civilisations associent au rouge l'idée de sang, de
violence et au noir celle de mort, de deuil. C'est l'utilisation de cette
association d'idées qui donne sa force à ce tableau... et la violence latente de
cette oeuvre est en fait extérieure à l'espace pictural.
Ces chiens dans
l'antichambre de la mort vont être "piqués". Ils pressentent le danger, d'où
leur attitude agressive qui déroute l'interprétation du visiteur (que je place
alors dans la position du bourreau - celui qui tient la seringue-). Ceci
augmente le potentiel émotionnel de l’œuvre... Sang, mort, violence, portés
par les couleurs ne sont pas apportés par l'agressivité des sujets du tableau.
L'Ambiguïté, génératrice d’émotion, est là!
Et
si rien n'explique la mise en scène, quelque chose malgré tout donne conscience
de la situation au visiteur. Mais quoi ? Pour moi le mystère de l’œuvre est dans cette
interrogation! Claude Libert du Figaro (sans avoir eu le moindre échange avec
moi) parle d'entrée de
"chiens
rouges hurlant aux portes d'un enfer vide... "
Dualité
symbolique "Mais le
pouvoir de suggestion des couleurs, n'explique pas tout : La symbolique du chien
reste pour l'essentiel dans la réaction du public vis à vis de cette oeuvre...
Une symbolique qui a voyagé à travers le temps, à travers les légendes, les
mythes, les folklores, les traditions et les livres sacrés jusqu'à nous
aujourd'hui...
Dualité symbolique du chien à la fois bénéfique et maléfique et qui n'est que le
reflet de la dualité même de l'Homme.
Le grec Cerbère, gardien des enfers; L’égyptien Anubis, gardien des lieux sacrés
et des voies éternelles; T'ien K'uan, le chien céleste chinois, rouge feu,
adversaire du démon et annonciateur de la guerre; le chien tatar, don de Dieu
aux Hommes; Chien de l'Asie Centrale, corrompu par le diable et bouc émissaire
des hommes, Garm le scandinave, chien ensanglanté (Tiens? ! Rouge encore!),
gardien des morts naturels...
Dualité
symbolique donc, remontant sans doute à la nuit des temps préhistoriques où la
nuit effectivement apportait son lot de crainte, de peur, d'incertitude, de
danger mortel... A la tombée du jour, le chien, allié précieux, devenait un peu
plus pour l'homme d'alors un avantage de survie.
Peut-être
faut-il voir ici, le lien concret de la dualité du symbole du chien au rapport
lumière - ténèbres et donc plus concrètement encore au rapport Jour-Nuit...
Lien que l'on retrouve (par exemple) à travers ANUBIS dont la mission était
d'emprisonner ou de détruire les ennemis de la lumière, ou à travers
XOLOTH (Dieu-Chien aztèque) qui faisait tomber "le rideau de la nuit"
après-avoir accompagné le soleil durant son séjour sur la Terre... ou encore, à
travers le chien, signe zodiacal chinois, symbole d'amitié et de loyauté :
- mois du chien ? Le dernier mois de l'automne (N.B.
quand arrive l'hiver, c'est à dire la "Nuit" de la nature).
- l'heure du chien ? 19 à 21h... étrange non, c'est
justement la tombé de la nuit.
En ces temps
préhistoriques complètement assujettis au rythme du jour et de la nuit, le chien
a apporté un avantage de survie. Avantage de survie décuplé par le contrôle du
feu par les hommes. Protecteur à l'instar du chien, le feu a diminué le danger
et la durée de la nuit. Et cette "alliance" ou ce rapport du chien au feu (et le
rouge est aussi la couleur du feu), la conjugaison des deux symboles se retrouve
sur plusieurs continents :
- Les
Chillouks du Haut Nil ou peuplades d'Afrique, Cameroun, Biafra (chien dérobant
le feu à l'Arc-en-ciel).
- En Amérique du Sud où Canis Vétulus est le propriétaire du feu.
- En Amérique du Nord et Papouasie, Nouvelle Guinée, le chien donne le feu aux
femmes.
On dit du
chien qu'il est un symbole psychopompe (c'est-à-dire conducteur, accompagnateur
des âmes des morts). Ainsi donc, ce fidèle compagnon dans notre réalité
quotidienne, l'est aussi dans notre psyché et après notre mort...
" Le Chien
symbole chtonien, nous "ouvre" l'enfer, les couleurs noir et rouge nous
suggèrent la mort, le sang et la violence; L’apparence ambiguë au 1er plan du
sujet de l'œuvre (chien ou loup ?) augmente le malaise, par la mise en filigrane
de la symbolique du loup...
L'ambivalence du symbole et l'ambiguïté, se mettent en résonance, décuplant la
force suggestive de l’œuvre !
Il
pourrait, au prix de la souffrance et au risque de sa vie,
Franchir le cercle de feu.
Peut être a-t-il conscience de l’épaisseur de ce cercle ;
Peut être met-il en perspective le prix de sa liberté, sa souffrance et sa
survie improbable.
Peut être sait-il,
Que cette première épaisseur, franchissable peut être,
N’est qu’un leurre,
Et qu’un autre cercle inéluctable est, au delà du premier…
Le prix de la liberté éphémère est alors trop élevé !
Le scorpion sait que c’est sans issue : il fait son choix !
Car on a toujours le dernier choix,
Entre la mort stoïque du loup, qui, refermant ses grands yeux,
Meurt sans jeter un cri. (Alfred de Vigny)
Et la dernière charge de cavalerie, inutile, dérisoire et grandiose
Mais sabre au clair et balle en plein cœur !
À y regarder de plus près cependant,
La mort du loup d’Alfred n’est pas si stoïque que cela :
Égorger un dernier chien
Avant d’être criblé de balles et transpercé de lames,
Vaut bien une dernière charge de cavalerie !